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Le musée
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Le cabinet de curiosités

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Le Marquis de Robien

 

Christophe-Paul, marquis de Robien, chevalier, sire et baron de Kaër, vicomte de Plaintel et autres lieux, est né à Robien, près de Quintin dans les Côtes d’Armor actuelles, le 4 novembre 1698 et n’a pas de prénom jusqu’à l’âge adulte (il signe Anonyme de Robien). Aussi érudit que puissant, il devient président à mortier au parlement de Bretagne à l’âge de vingt-six ans. S’il appartient par toutes ses fibres à la caste parlementaire, il n’en consacre pas moins une bonne part de son énergie à l’étude des sciences. Son rêve est de fonder une Académie, pour laquelle Louis XV (1710-1774) refusera toujours d’accorder les lettres patentes. Malgré tout, Robien organise des fouilles en Bretagne, fait exécuter des dessins et des relevés de tout ce qui est exhumé à cette occasion, mais aussi de toute la faune, la flore et les minéraux de sa région, en vue de la publication de son ouvrage Description historique et topographique de la Bretagne (4 volumes, 375 planches conservés à la Bibliothèque des Champs Libres de Rennes), malheureusement resté inédit en son temps. Malgré ses projets d’académie contrariés, il continue de se consacrer au développement de son cabinet, bientôt connu dans toute l’Europe. En effet, en 1754, le conseiller du roi Piganiol de la Force (1669-1753) signale aux voyageurs qu’ils ne doivent pas quitter Rennes “sans voir le cabinet d’antiquités et d’histoire naturelle de M. le Président de Robien, qui n’a rien épargné pour satisfaire son goût sur ces matières”. Sa collection, est d’un éclectisme complet, confirmé par sa démarche encyclopédique de ses écrits (Description historique de son cabinet, restée elle aussi inédite), dans lesquels sont décrits les objets les plus divers, les plus antiques ou les plus exotiques et qui lui permettent de reconstituer une vaste histoire des civilisations. Sa collection de peintures en revanche, le positionne en aimable amateur d’art et reste purement décorative.

 

The Marquis de Robien

Christophe-Paul, marquis de Robien, knight, sire and baron of Kaër, viscount of Plaintel among other locations, was born in Robien, near Quintin on the present day Côtes d’Armor, on 4 November 1698 and did not have a first name until he reached adulthood (he signed his name as ‘Anonyme de Robien’). As erudite as he was powerful, he became président à mortier [president of the grand chamber] at the Parliament of Brittany at the age of twenty-six. While he belonged with every fibre of his being to the parliamentary caste, he devoted all the same a large share of his energy to studying the sciences. His dream was to found an Academy, for which Louis XV (1710–1774) consistently refused to grant his letters patent. All the same, Robien organised excavations in Brittany, having drawings and measurements made of all that was exhumed on these occasions, but also of all of the flora, fauna, and minerals of his region, with a view to the publication of his book Description historique et topographique de la Bretagne (4 volumes, 375 plates conserved at the Bibliothèque des Champs Libres de Rennes), which unfortunately remained unpublished during his lifetime. Despite his thwarted projects for an academy, he continued to dedicate himself to the development of his cabinet, renowned throughout Europe. In 1754, the advisor to King Piganiol de la Force (1669–1753) even notified travellers that they must not leave Rennes ‘without having seen the cabinet of art antiques and natural history belonging to President de Robien, who has spared nothing to satisfy his taste for these subject matters.’ His collection is entirely eclectic, as confirmed by the encyclopaedic approach of his writings (the Description historique of his cabinet, which also remained unpublished), in which the most diverse, oldest, and most exotic objects are described and which enabled him to reconstitute a vast history of civilisations. His paintings collections, on the other hand, position him as an affable art lover and remain purely decorative.

 

 

 

 

 

 

La Saisie révolutionnaire

 

Après la mort en 1756 du président Christophe-Paul de Robien, son cabinet et sa bibliothèque devinrent la propriété de son fils aîné, Paul-Christophe Céleste (1731-1799), lui-même président à mortier au parlement de Bretagne. Ayant émigré en 1791, ses biens, placés sous séquestre, furent confisqués en application de la Loi du 2 septembre 1792, relative aux biens mobiliers. La Saisie révolutionnaire fait entrer aussi dans les collections, qui allaient devenir le musée de Rennes, les biens  de quelques autres émigrés, comme la Chalotais (1701-1785), par exemple, et un autre émigré dont l’histoire n’a pas retenu le nom mais qui figure dans l’inventaire de Saisie avec un tableau alors attribué à Schalken, devenu depuis le Nouveau-né de La Tour. Les biens des communautés religieuses sont aussi saisis. Le Museum ainsi constitué est ouvert au public pour la première fois en 1799, dans une partie des locaux de l’ancien évêché, place Saint-Melaine à Rennes. A partir de 1801, des envois faits par le gouvernement enrichissent d’œuvres de très grande valeur les collections de peinture. Provenant des collections royales et des églises parisiennes, ces œuvres de grande qualité (on trouve dans cet ensemble Véronèse, Blanchard, Champaigne, Jordaens, etc...) viennent apporter au musée naissant les bases sur lesquelles se construira désormais sa collection de peintures. On ajoute à cet ensemble, les œuvres issues des butins de guerre napoléoniens comme Rubens et Heemskerk. Les Envois de l’État se poursuivent jusqu’en 1819. Grâce à Robien, et à ces dotations importantes, le musée de Rennes prend une dimension nationale, et les différents axes qui constituent aujourd’hui sa politique d’acquisition (peintures et dessins du XVIIe siècle, archéologie, etc.) trouvent leurs fondements dans cette histoire.

 

The Revolutionary Confiscation

 

After the death in 1756 of President Christophe-Paul de Robien, his cabinet and library became the property of his eldest son, Paul-Christophe Céleste (1731–1799), himself président à mortier at the Parliament of Brittany. Having emigrated in 1791, his assets were sequestrated and confiscated in application of the Law of 2 September 1792, relative to moveable assets. The Revolutionary Confiscation also brought into the collections, which would later form the Musée de Rennes, the assets of several other emigrants, such as La Chalotais (1701–1785) for example, and another emigrant whose name history has not retained but who features in the inventory of the Confiscation with a painting attributed at the time to Schalken, since recognised as The Newborn Child by Georges de La Tour. The assets of the religious communities were also confiscated. The Museum thus constituted was opened to the public for the first time in 1799, on part of the premises belonging to the former diocese, on Place Saint-Melaine in Rennes. From 1801 onwards, dispatches made by the government enhanced the painting collections with some very valuable artworks. Originating from the royal collections and Parisian churches, these high-quality artworks (among them Veronese, Blanchard, Champaigne, Jordaens, etc.) brought to the nascent museum the foundations on which to build its paintings collection. Added to this ensemble were the artworks deriving from Napoleonic spoils of war, such as Rubens and Heemskerk. The dispatches from the state continued until 1819. Thanks to Robien, and to these major donations, the Musée de Rennes assumed a national dimension and the various axes that currently constitute its acquisitions policy (seventeenth-century paintings and drawings, archaeology, etc.) find their origins in this history.

 

 

 

 

 

La renaissance du cabinet de curiosités : 1972-2012

 

Sous la houlette du conservateur et directeur du musée des beaux-arts, François Bergot, le musée entreprend au début des années 1970 un immense chantier de récolement de la collection de Robien avec Patrick Ramade, Sylvie Blottières et Jean-Yves Veillard. Il ne s’agit pas moins que d’identifier et de numéroter des milliers d’objets conservés dans les réserves (près de 12.000), soigneusement regroupés depuis les années 1860, et provenant de l’ancien fonds de la famille Robien (Paul de Robien 1660-1744, Christophe-Paul de Robien 1698-1756 et Paul Christophe-Céleste de Robien 1731-1799).

Ce grand projet trouvera son aboutissement essentiel, c’est-à-dire celui de faire connaître et reconnaître la valeur de la collection à travers diverses expositions, les unes nationales puis internationales (à Paris, en Italie, en Allemagne et aux États-Unis consacrées aux dessins), l’autre davantage locale en 1972 au musée des beaux-arts de Rennes intitulée Robien, l’homme et le collectionneur. Si les expositions internationales ont pu donner une indéniable notoriété au fonds Robien grâce aux prestigieuses feuilles dessinées par Léonard de Vinci, Dürer ou Rembrandt, l’exposition rennaise de 1972 consacrée aux objets a permis de faire connaître l’incroyable amplitude et la richesse des collections.

Au cours des années 70 quelques publications importantes poursuivent cette impulsion (en particulier avec la publication par Jean-Yves Veillard en 1974 de la Topographie de la Bretagne est rédigée et dessinée par Robien), mais il faudra attendre la fin des années 90 pour en reprendre le flambeau. C’est ainsi que le projet de présenter à nouveau le cabinet de Robien prend naissance en 1996. À partir de cette date, et jusqu’en 2012, il s’est agi de préciser l’identité des objets précédemment numérotées (une innombrable correspondance et ont lancée avec des savants du monde entier), mais également de les faire restaurer. Le 22 mai 2012, après 26 ans d’un intense labeur, était enfin inauguré le cabinet de Robien qui verrait passer dans sa première semaine d’ouverture autant de visiteurs qu’en un mois de fréquentation maximale. Il faudra cependant attendre la fin de l’année 2020 pour que le premier catalogue raisonné de la section extra européenne soit enfin accessible au public.

C’est dans le cadre de cette publication, qui devrait être suivi par plusieurs autres livraisons dans les années qui viennent, que le musée des beaux-arts de Rennes, grâce au réseau du FRAME a pu se lier avec le musée de Hartford dans le Connecticut qui présente également un passionnant cabinet de curiosités, reconstitué à partir du fond des collections J.P. Morgan.

 

The Renaissance of the Cabinet of Curiosities: 1972–2012

In the early 1970s, under the guidance of François Bergot, the curator and director of the Musée des beaux-arts, and with the help of Patrick Ramade, Sylvie Blottières, and Jean-Yves Veillard, the museum began the huge undertaking of carrying out a stocktake of the Robien collection. This was nothing less than the identification and numbering of the thousands of objects conserved in the museum’s storeroom (almost 12,000), carefully assembled in the 1860s from the former collection of the Robien family (Paul de Robien 1660–1744, Christophe-Paul de Robien 1698–1756, and Paul Christophe-Céleste de Robien 1731–1799).

This ambitious project accomplished its most important goal, which was to present the collection and recognise its value through various exhibitions, some national and international (in Paris, Italy, Germany, and the United States for an exhibition of the collection’s drawings), and then another more local; in 1972 the Musée des beaux-arts de Rennes presented an exhibition entitled Robien, l’homme et le collectionneur. Although the international exhibitions brought undeniable good repute to the Robien collection thanks to acclaimed drawings by Leonardo da Vinci, Dürer, and Rembrandt, the 1972 exhibition in Rennes, with its focus on objects, meant that the incredible breadth and diversity of the collections were able to be introduced to a wider audience.

Throughout the 1970s, the publication of some major works continued this momentum (in particular, Jean-Yves Veillard’s publication in 1974 of the Topographie de la Bretagne, written and illustrated by Robien), but it was only in the late 1990s that this early impetus once again built up. So it was that in 1996, the idea of presenting Robien’s cabinet arose once more. From this date onwards until 2012, it was a question of collecting more information about the previously numbered objects (countless exchanges were initiated with experts from around the world), but also of restoring them. On 22 May 2012, after twenty-six years of intense labour, Robien’s cabinet was finally inaugurated. In its first week of opening, it welcomed more visitors than the museum’s maximum number of monthly entries. However, it was not until late 2020 that the first catalogue raisonné of the extra-European part of the collection finally became available to the public.

It is in the context of this publication, which is to be followed by several further consignments in the years to come, and thanks to the FRAME network, that the Musée des beaux-arts de Rennes has been able to associate with the Hartford Museum in Connecticut, which also has a fascinating cabinet of curiosities pieced together from the J. P. Morgan collections.

 

 

 

 

 

Les collections

 

Œuvre essentiellement d’un homme, Christophe-Paul de Robien, mais collections d’une famille rennaise, le cabinet de curiosité de Robien s’enracine très vraisemblablement dans un mobilier exotique présent déjà au temps de son père, Paul de Robien, que son descendant Paul-Christophe-Céleste enrichira de toute évidence jusque dans les années 1780. Essentiellement cabinet d’histoire naturelle et de numismatique pour Christophe-Paul en son temps, la collection est surtout connue aujourd’hui pour ses objets d’art et ses pièces exotiques, mais aussi pour collections d’art graphique, en particulier ses dessins (1107 feuilles) dont la qualité place Robien parmi les amateurs les plus éclairés du XVIIIème siècle : Léonard de Vinci, Botticelli, Dürer, Rembrandt, etc. Ses peintures en revanche, 150 tableaux lors de la Saisie révolutionnaire de 1794 dont une centaine est encore conservée, forment un ensemble intéressant mais modeste. L’étendue des domaines d’intérêt de Robien a été sans limite. Toutes les civilisations semblent l’avoir passionné et ont suscité sa fièvre collectionneuse. C’est ainsi que grâce à lui, le musée possède le plus ancien kayak inuit du Canada au monde, esquif de plus de six mètres de long. Cependant l’Inde également, la Chine, le Japon, la Perse, bon nombre de contrées asiatiques sont aussi représentées, avec des objets tout autant souvent exceptionnels; de même pour les Amériques et l’Afrique. Les armes, les émaux, les ivoires, les instruments de musiques, il n’est pas de domaine de l’immense champ d’étude constitué par les objets d’art qui ne soit pas dignement représenté dans son cabinet : c’est ainsi que Robien s’intéresse aussi à l’archéologie, égyptienne, grecque ou bretonne.

Les pièces qui lui appartiennent constituent la base de la collection actuelle du musée en matière d’antiquités. Malgré tout, comme pour les civilisations asiatiques, africaines ou précolombiennes, Robien parait collectionner ces objets surtout en raison de leur iconographie particulière : il semble en effet qu’il se soit particulièrement intéressé aux divinités et à leurs cultes, confirmant une réelle quête de sens concernant le genre humain.

 

The Collections

 

Predominantly the work of one man, Christophe-Paul de Robien, yet the collections of a whole family living in Rennes, in all likelihood Robien’s cabinet of curiosities finds its origins in the exotic furniture that was already present in his father Paul de Robien’s day, which his descendant Paul-Christophe-Céleste evidently later added to up until the 1780s. Mainly a cabinet of natural history and numismatic for Christophe-Paul in his day, the collection is most well known today for its art objects and exotic pieces, but also for collections of graphic art, particularly its drawings (1,107 works) whose high quality places Robien among the most enlightened among the art enthusiasts of the eighteenth century: he collected Leonardo da Vinci, Botticelli, Dürer, Rembrandt, etc. His paintings, however, which numbered 150 at the time of the Revolutionary Confiscation of 1794, one hundred of which have been preserved today, form an interesting but modest ensemble. The scope of Robien’s fields of interest knew no bounds. He seems to have been passionate about all civilisations and all elicited his fever as a collector. So it is thanks to him that the museum is in possession of the oldest Canadian Inuit kayak in the world, a skiff measuring over six metres long. However India, as well as China, Japan, Persia and many other Asian countries are also represented, with objects that are often just as exceptional. The same can also be said for the Americas and Africa. Be it weaponry, enamel and ivory works, or musical instruments, there is no domain within this tremendous field of study constituted by art objects that is not proudly represented within his cabinet: thus Robien was also interested in Egyptian, Greek, or Breton archaeology.

The pieces once belonging to him form the basis of today’s collection of antique art at the museum. All the same, as with the Asian, African, or Pre-Columbian civilisations, Robien seems to collect these objects above all for their particular iconography: it would appear that he is particularly interested in divinities and their cults, confirming a genuine quest for meaning concerning the human genre.

 

 

 

 

 

 

 

Après le temps des princes et des savants, les derniers feux d’un engouement européen ?

 

À partir du XVIème siècle, les cabinets de curiosités et autres chambres des merveilles ont été en Europe l’objet de soins attentifs, de convoitises plus ou moins affirmées qui confinent parfois à la passion dévorante.

Les princes, en Italie, dans les pays allemands et dans l’Empire, ont le plus souvent enrichi les héritages de leurs ancêtres ou créé de toutes pièces des collections d’une grande diversité, qu’ils ont su valoriser par des mises en scène spectaculaires. En Italie, on trouve des décors qui évoquent les grottes sous-marines ou des salles aux murs truffés de caches spéciales qui sont de véritables écrins destinés à préserver les précieux trésors. Dans le Saint-Empire, les  souverains ont souvent voué leur demeure à cette passion, tel Ferdinand II de Tyrol (1529-1595) au château d’Ambras. Plus pragmatiques et moins fortunés, les princes allemands, ont financé la production de somptueux cabinets d’ébène ou d’autres bois précieux qu’ils reçoivent devant toute leur Cour réunie pour l’occasion[1]

L’étendue et la variété des pièces recueillies ont vite nécessité les services d’érudits dont la tâche essentielle aboutit à des classements qui s’affinent peu à peu et n’ont plus qu’un lointain rapport avec l’idée de prestige des origines. Dès lors, d’authentiques savants comme le médecin danois Ole Worm (1588-1654) au début du XVIIème siècle, plus modestes dans leurs ambitions et leurs moyens, mais plus nombreux et animés d’un esprit de curiosité plus manifeste, constituent des ensembles dont les caractères scientifiques s’affirment[2]. Ils conçoivent leurs cabinets comme des lieux de savoir où leurs amis et les curieux peuvent découvrir ce qui leur était inconnu jusque-là.

Leurs émules des années 1700 sont d’origines plus diverses: la connaissance du monde est encore leur priorité, mais, qu’ils soient gentilshommes érudits, juristes ou médecins, leurs qualité d’amateurs éclairés les incitent toujours à la diffuser au-delà du cercle restreint de leurs relations. Afin d’ouvrir leurs portes à un public plus large, et pour valoriser un contenu qui leur est cher, ils élaborent des dispositifs appropriés à toutes leurs pièces remarquables[3] qui vont être des modèles pour les futures expositions. Les collections deviennent alors d’authentiques œuvres d’utilité publique léguées, par transmission volontaire ou par confiscation, à des collèges et des universités, donnant en quelque sorte à leurs auteurs un rôle de précurseurs dans une mission académique que les États  vont prendre en mains  au siècle suivant en fondant notamment les musées.

Les cabinets de curiosités dans en France au milieu du XVIIIème siècle

 

- Moins de 5 cabinets

- De 5 à 10 cabinets

- De 10 à 20 cabinets


- Plus de 50 cabinets

Légende :


Document établi à partir des cartes de l’Atlas Vaugondy[4] et des listes disponibles sur le site Curiositas.

Bernadette Blond



[1] Voir Patrick Mauriès, Cabinets de curiosités, Paris 2013
[2]In Catalogue de l’exposition La licorne et le bézoard, Une histoire des cabinets de curiosité, Poitiers, musée Sainte-Croix et Espace Mendès-France, 2013.
[3] Entre autres, la collection Bonnier de la Mosson à Paris, voir l’ouvrage de P.Mauriès cité ci-dessus.
[4] Atlas universel, Robert de Vaugondy et Gilles Didier Paris 1757 ( cote 1328, Bibliothèque Rennes Métropole) ;

 

 

After the Age of Princes and Savants, the Dying Embers of a European Infatuation?

In Europe, from the sixteenth century onwards, cabinets of curiosities and other chambers of wonders became the object of particular consideration and varying levels of desire that at times bordered on an all-consuming passion.

Princes in Italy, Germanic states, and the Empire most often added to collections inherited from their ancestors or instead created entirely new and exceptionally diverse collections that they deftly showcased through quite spectacular forms of presentation. In Italy there were settings that called to mind underwater caves or rooms with walls full of special hiding places, which were true vitrines designed to preserve these precious treasures. In the Holy Roman Empire, sovereigns sometimes gave over their entire dwelling to this passion, such as Ferdinand II of Tyrol (1529–1595) in Ambras Castle. More pragmatic and less wealthy, the German princes financed the production of sumptuous cabinets in ebony or other fine woods, which they welcomed with great pomp before their entire Court, gathered together for the occasion.[1]

The range and variety of the assembled pieces soon created a need for the service of erudite individuals whose main activity resulted in increasingly refined classifications that were only distantly connected with the original notion of prestige. From this point onwards, real intellectuals, such as Danish doctor Ole Worm (1588–1654) in the early seventeenth century, more modest in their ambitions and means but greater in number and driven by a more obvious spirit of curiosity, created ensembles whose scientific character became more pronounced.[2] They designed their cabinets to be places of knowledge, where their friends and others motivated by curiosity could discover previously unknown objects and notions.

Their disciples in the eighteenth century were of more diverse origins: understanding the world was still a priority, but whether erudite gentlemen, jurists, or doctors, their role as enlightened amateurs encouraged them to spread this knowledge beyond the restricted limits of their inner circles. In order to open their doors to a wider audience and to showcase the contents they so valued, they devised more suitable means for displaying these remarkable items,[3] which would later become models for future exhibitions. Collections therefore became genuine works of public utility bequeathed (by willing transmission or by confiscation) to colleges and universities, in a way bestowing upon their authors the role of precursors in an academic mission that States in the following century would take into their own hands, notably by founding museums.

Cabinets of Curiosities in France in the Mid-Eighteenth Century

  

- Fewer than 5 cabinets

- From 5 to 10 cabinets

- From 10 to 20 cabinets

- More than 50 cabinets

Key:


Document established on the basis of maps from the Vaugondy atlas[4] and lists available on the Curiositas website.

Bernadette Blond



[1] See Patrick Mauriès, Cabinets de curiosités, Paris 2013
[2] In the exhibition catalogue La licorne et le bézoard, Une histoire des cabinets de curiosité, Poitiers, Musée Sainte-Croix et Espace Mendès-France, 2013.
[3] Among others, the Bonnier de la Mosson collection in Paris, see the book by P. Mauriès cited above.
[4] Atlas universal, Robert de Vaugondy and Gilles Didier, Paris 1757 (no. 1328, Bibliothèque Rennes Métropole).

 

Les liens du cabinet de Robien avec celui de Hartford :

 

Depuis l’année 2000, le musée des beaux-arts de Rennes, ainsi que nombre de grands musées Français en région, est membre d’une association franco américaine qui fédère les grands musées de province tant en France qu’aux États-Unis : le FRAME, soit le «cadre» en Français, acronyme pour French American Museum Exchange. Le Wadsworth Atheneum Museum de Hartford dans le Connecticut fait également partie de ce réseau.

Curieusement, au moment où nos collègues américains à Hartford réfléchissaient dans les années 1990 à un aménagement plus créatif et pertinent de leurs objets d’art, notamment ceux issus de l’illustre collection Pierpont Morgan (1837-1913), le musée des beaux-arts de Rennes entreprenait la renaissance de son cabinet de curiosités hérité des collections de Christophe-Paul de Robien (1698-1756). Puis, alors que le musée des beaux-arts présentait en 2006 une préfiguration de son cabinet au sein d’une exposition transversale ("Collecteurs d’âmes : du cabinet de curiosités aux collections extra-européennes des musées Bretons"), le musée de Hartford dévoilait en 2007 le prototype d’une salle consacrée à un modèle de cabinet de curiosités inspiré de la renaissance européenne. Enfin, tandis que le musée des beaux-arts de Rennes rendait enfin pérenne la présentation d’environ 500 objets du cabinet de curiosités du parlementaire rennais le 22 mai 2012, le Wadsworth Athenaeum Museum présentait au public son magnifique cabinet en 2015.

Cabinet reconstitué à partir de collections de diverses provenances aux États-Unis, véritable cabinet original restitué à Rennes sont donc deux version très différentes quant à leurs origines. Il n’en reste pas moins que ces deux dispositifs œuvrent de conserve dans les mêmes buts. En effet, ils servent chacun la visibilité du processus historique des collections des musées tout en restaurant la finalité pédagogique de l’institution qui consiste à mobiliser la curiosité du visiteur comme posture première dans la découverte des connaissances.

 

 

The Connections between Robien’s Cabinet and the Hartford Cabinet:

In 2000, the Musée des beaux-arts de Rennes, as well as a number of other regional French museums, became part of a French-American organisation that brings together large provincial museums in both France and the United States: FRAME, the FRench American Museum Exchange. The Wadsworth Atheneum Museum in Hartford, Connecticut, is also part of this network.

Interestingly, in the 1990s, just as our American colleagues in Hartford were thinking about developing a more creative and relevant layout for their artworks, especially those in the celebrated Pierpont Morgan (1837–1913) collection, the Musée des beaux-arts de Rennes was undertaking a revival of its own cabinet of curiosities inherited from the collections of Christophe-Paul de Robien (1698–1756). Then, as the Musée des beaux-art presented a preliminary version of its cabinet in 2006 as part of a cross-sector exhibition (Collectors of Souls. From the Cabinet of Curiosities to Extra-European Collections in Breton Museums), in 2007 the museum in Hartford revealed its prototype for a room devoted to the presentation of a model cabinet of curiosities inspired by the European Renaissance. And finally, while the Musée des beaux-arts de Rennes finally completed the permanent exhibition of some 500 objects from Robien’s cabinet of curiosities on 22 May 2012, the Wadsworth Athenaeum Museum presented its magnificent cabinet to the public in 2015.

One cabinet, recreated from various collections across the United States, and another, an original cabinet reproduced in Rennes: two versions with very different origins. Nevertheless, these two approaches strive for the same goal, that of preservation. They both serve to make the historical process of museum collections visible, while also restoring the pedagogical aim of the institution, which is to encourage curiosity as the visitor’s initial approach when discovering various knowledges.